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Droit Constitutionnel

L'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics. De la théorie de l'État à la Ve République, en passant par la protection des droits fondamentaux et le contrôle de constitutionnalité.

Droit public Licence 1 Fondamental
1958
Constitution en vigueur
25
Révisions constitutionnelles
QPC
Depuis 2010
577
Députés

Section 1

Théorie de l'État

L'État est une personne morale de droit public caractérisée par trois éléments constitutifs cumulatifs : un territoire délimité par des frontières, une population liée à l'État par le lien de nationalité, et un gouvernement exerçant la puissance souveraine.

Souveraineté et formes de l'État

La souveraineté est le critère distinctif de l'État. Elle est interne (suprématie sur tout autre pouvoir) et externe (indépendance vis-à-vis des autres États). Elle peut être nationale (Sieyès) ou populaire (Rousseau) selon que le titulaire est la Nation ou le peuple.

Souveraineté nationale vs populaire : La distinction a des conséquences pratiques : la souveraineté nationale implique le mandat représentatif (les élus ne sont pas liés par un mandat impératif), tandis que la souveraineté populaire tend vers la démocratie directe et le mandat impératif. La Constitution de 1958 adopte une synthèse (art. 3).

Modes de scrutin et représentation

Le scrutin majoritaire à deux tours (Assemblée nationale, présidentielle) favorise la bipolarisation et la stabilité gouvernementale. La représentation proportionnelle assure une meilleure représentativité des courants d'opinion mais peut générer une fragmentation parlementaire.

Section 2

La Constitution

Au sens formel, la Constitution est un texte adopté et révisé selon une procédure spéciale, supérieure à celle des lois ordinaires. Au sens matériel, elle désigne l'ensemble des règles relatives à l'organisation et au fonctionnement des pouvoirs publics.

Le bloc de constitutionnalité

Le Conseil constitutionnel a étendu la valeur constitutionnelle à plusieurs textes au-delà du texte de 1958 :

Constitution du 4 oct. 1958 DDHC de 1789 Préambule de 1946 Charte de l'environnement 2004 PFRLR

Décision IVG (1975) : Le Conseil constitutionnel refuse de contrôler la conformité d'une loi aux traités internationaux — c'est le « droit de l'État » ou réserve de constitutionnalité. La Constitution est au sommet de la hiérarchie des normes.

Révision constitutionnelle

L'article 89 organise la révision : initiative du Président (sur proposition du Premier ministre) ou des parlementaires, adoption en termes identiques par les deux assemblées, puis ratification par référendum ou Congrès (3/5e des suffrages). Limites : forme républicaine du gouvernement, intégrité du territoire.

Section 3

La Ve République

Née de la crise algérienne, la Constitution du 4 octobre 1958 instaure un régime parlementaire rationalisé avec une forte prééminence de l'exécutif, en rupture avec l'instabilité de la IVe République (25 gouvernements en 12 ans).

Le Président de la République

Élu au suffrage universel direct depuis 1962 (réforme de Gaulle), pour un mandat de 5 ans renouvelable une fois (quinquennat depuis 2000). Il dispose de pouvoirs propres (art. 19) — nomination du PM, dissolution de l'AN, référendum art. 11, art. 16 — et de pouvoirs partagés avec le gouvernement.

Cohabitation : Lors des cohabitations (1986-88, 1993-95, 1997-2002), le Président est contraint de nommer un Premier ministre de la majorité parlementaire adverse. L'instauration du quinquennat et le calendrier électoral ont quasiment éliminé ce risque.

Le gouvernement

Le Premier ministre dirige l'action du gouvernement (art. 21) et est responsable devant l'Assemblée nationale. Il dispose du pouvoir réglementaire général (art. 21 et 37), contresigne la plupart des actes présidentiels, et peut engager la responsabilité du gouvernement sur son programme (art. 49 al. 1).

Section 4

Le Parlement

Le Parlement est bicaméral : Assemblée nationale (577 députés, 5 ans, scrutin majoritaire) et Sénat (348 sénateurs, 6 ans, suffrage indirect). Il vote la loi, contrôle le gouvernement et évalue les politiques publiques (art. 24).

La procédure législative

Initiative
Projet de loi (gouvernement) ou proposition de loi (parlementaire) — le gouvernement maîtrise l'ordre du jour prioritaire (art. 48)
Commission puis séance
Examen en commission permanente puis en séance publique avec amendements. Le gouvernement peut bloquer les amendements irrecevables (art. 40, 41)
Navette & CMP
Accord des deux chambres requis ; en cas de désaccord, une Commission mixte paritaire est convoquée, puis l'AN a le dernier mot
Promulgation
Signature présidentielle dans les 15 jours. Contrôle de constitutionnalité possible avant (art. 61)

L'article 49-3

Le Premier ministre peut engager la responsabilité du gouvernement sur le vote d'un texte (art. 49 al. 3). Si aucune motion de censure n'est adoptée dans les 24h, le texte est considéré adopté. Limité depuis 2008 à un usage par session sauf pour les PLF et PLFSS.

Section 5

Contrôle de constitutionnalité

Le Conseil constitutionnel (9 membres nommés, 9 ans non renouvelables) assure la conformité des lois à la Constitution. Le contrôle a priori (art. 61) est saisi avant promulgation ; depuis 2010, la QPC (art. 61-1) permet un contrôle a posteriori.

La Question Prioritaire de Constitutionnalité

QPC (depuis 1er mars 2010) : Tout justiciable peut contester la constitutionnalité d'une disposition législative « applicable au litige » et portant « atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution ». Filtre à deux niveaux : Conseil d'État ou Cour de cassation, puis Conseil constitutionnel. Plus de 900 décisions QPC rendues depuis 2010.

Autorité des décisions

Les décisions du Conseil constitutionnel s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles (art. 62). L'abrogation résultant d'une QPC prend effet à la date fixée par le Conseil (différé possible pour éviter le vide juridique).

Section 6

Méthode & ressources

Ouvrages recommandés

TitreAuteur(s)Édition
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Précis de droit constitutionnel
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Conseils méthodologiques

En commentaire d'arrêt du Conseil constitutionnel : identifier la disposition contrôlée, le grief d'inconstitutionnalité soulevé, le raisonnement du Conseil (principe, norme de référence, appréciation) et la portée de la décision. Distinguer les considérants de principe des considérants d'espèce.

Pour la dissertation : maîtriser les grandes dates (1789, 1875, 1946, 1958, 1962, 1974, 2008), les mécanismes de rationalisation parlementaire, et articuler droit positif français avec droit comparé.

Codes & textes fondamentaux

Les textes de référence en droit constitutionnel

Constitution du 4 oct. 1958

Texte fondamental de la Ve République

DDHC de 1789

Droits naturels et civils

Préambule de 1946

Droits économiques et sociaux

Charte de l'environnement

Valeur constitutionnelle depuis 2004